L’EMDR : une prise en charge des évènements traumatiques

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L’EMDR : une prise en charge des évènements traumatiques

Message  gdbabou le Mer 20 Juin - 12:38

Au travail, certains salariés sont potentiellement exposés à des évènements graves et traumatiques (accident du travail dans les métiers physiques, agressions dans les métiers de service au public, etc.). Non assimilés, ces évènements peuvent donner lieu à des symptômes invalidants. Comment les prendre en charge ? Interview avec une praticienne EMDR, Jeanne Chevallier, psychologue clinicienne et consultante au sein du cabinet de conseil RH Stimulus.

Mots-clés
Stress au travail.
Qu’y a-t-il derrière le sigle « EMDR » ? Quel est le principe ?
L’Eye Movement Desensitization and Reprocessing (soit « désensibilisation et retraitement par mouvements oculaires ») est un type de prise en charge des états de stress post-traumatique. C’est Francine Shapiro, psychologue américaine et chercheuse au Mental Research Institute de Palo Alto, qui a découvert en 1987 ce moyen de traiter les vécus traumatiques. C’est par des mouvements bilatéraux alternés qu’on stimule le patient. Les mouvements sont essentiellement oculaires, mais on peut utiliser aussi l’audition (en claquant des doigts) et le toucher (par des tapotements sur les genoux), alternativement de gauche à droite. Si on favorise toujours l’oculaire, on peut aussi varier de modalité de stimulation au cours d’une même séance.

Le thérapeute et le patient se positionnent « en trains croisés », c’est à dire qu’ils ne sont pas face à face mais avec des chaises légèrement décalées l’une de l’autre. Le thérapeute lève et fait un mouvement de gauche à droite avec l’index et le majeur, entre les deux épaules du patient, face à son visage, sans faire « essuie-glace », mais en ligne horizontale. Le nombre de répétition, la durée et la vitesse des mouvements varient selon les phases du processus, par exemple, selon que l’on cherche à « désensibiliser » ou à « reprocesser » un souvenir traumatique.

Comment se déroule une thérapie ?
La thérapie commence par une phase de préparation afin de prendre le temps de faire connaissance avec le patient et de construire une relation de confiance. Le thérapeute identifie la problématique ou les symptômes susceptibles d’être traitée en EMDR ainsi que les souvenirs traumatiques à l’origine de ces difficultés. Il élabore ainsi un plan « de ciblage » dans lequel figure une problématique, des déclencheurs et des souvenirs. Il va aussi proposer des outils de relaxation, de respiration et d’ancrage, pour développer les ressources de gestion émotionnelle du patient. Ces outils peuvent être utilisés en cours de séance ainsi qu’en pratique autonome (c’est-à-dire entre les séances). C’est très important car la thérapie peut générer de forts mouvements émotionnels. On développe un panel d’outils, comme une « trousse à pharmacie », dans laquelle le patient peut piocher. D’ailleurs, en fin de séance, je prends toujours un temps pour faire un dernier exercice d’apaisement avec le patient. On consacre autant de séances que nécessaires à l’étape préparatoire.

Et ensuite, c’est l’étape du traitement ?
Oui, après la préparation, on va procéder au traitement conscient. On va désensibiliser puis retraiter les émotions intenses associées aux souvenirs. L’objectif est de traiter les souvenirs jusqu’à ce qu’un vécu émotionnel adapté soit retrouvé. Prenons l’exemple d’une personne qui a été victime d’un incendie et qui est en grande détresse à l’idée de se rendre sur le lieu où elle doit pourtant retourner. Je lui demande de laisser revenir l’image, les mots qui lui sont venus et les sensations dans son corps qui y sont associées (la fumée, le bruit des alarmes, la sensation de suffoquer, etc.). Je fais ensuite plusieurs salves de stimulations bilatérales alternées, jusqu’à ce que la perturbation soit proche de zéro. Il faut parfois plusieurs séances pour traiter un seul souvenir. Ensuite, toujours avec des stimulations bilatérales alternées, on aide le patient à associer à ce souvenir une croyance positive, constructive ou pacifiante et à évacuer d’éventuels résidus.

Combien de temps dure une séance ? Et une thérapie ?
Une séance d’EMDR dure entre 60 et 90 mn. La durée de la thérapie dépend en partie de la réaction du patient au traitement, de sa personnalité, de ses ressources, mais elle dépend essentiellement de l’ampleur de la complexité de l’histoire du patient. Plusieurs séances de stabilisation peuvent être nécessaires dans les cas de traumatismes psychologiques graves ou complexes, c’est-à-dire des expériences traumatiques répétées et/ou intenses. En moyenne, on commence à voir des effets après trois séances de désensibilisation. On peut aller jusqu’à 10 séances, voire plus si besoin. La fréquence des séances est aussi variable : de 1 à 3 séances par semaine, à une séance tous les 15 jours.

L’EMDR n’est indiqué que pour les souvenirs traumatiques ?
La thérapie EMDR est indiquée principalement pour la résolution de symptômes liés à un ou des événements traumatiques. Par exemple, des traumatismes liés à des violences conjugales et familiales, des maladies, des deuils, des ruptures, des agressions, des accidents, des catastrophes, etc. Lors d’un événement traumatique, le cerveau peut ne pas parvenir à traiter l’événement comme il le fait habituellement. Il peut encoder le souvenir d’une manière particulière pour former ce qu’on appelle une « capsule traumatique ». Sont alors bloquées dans le système nerveux les pensées, les émotions et les sensations physiques et sensorielles qui y sont rattachées. Dans ce cas, immédiatement ou bien plus tard, des symptômes de stress peuvent survenir (flash, cauchemars, tension émotionnelle et physique, évitement des éléments ou situations qui rappellent l’événement). Tous les évènements traumatiques ne donnent pas lieu à un souvenir traumatisant ni à un état de stress post-traumatique. Le but de la thérapie EMDR est de réencoder ce souvenir de manière à ce que le patient n’en pâtisse plus au quotidien. Francine Shapiro a découvert que cette stimulation bilatérale alternée place le patient dans un état proche de la phase paradoxale du sommeil, lors de laquelle on a des mouvements oculaires rapides, et qui vont faciliter le retraitement. Ainsi, les symptômes répondent aussi bien à la thérapie EMDR pour certaines phobies ou pertes de l’estime de soi liées à un ou des événements traumatiques. Mais la première indication reste le traitement des états de stress post-traumatique. Elle est d’ailleurs recommandée à ce titre par l’HAS depuis 2007, l’OMS depuis 2013, l’INSERM depuis 2015 suite à plusieurs études concluantes.

Pourrait-on associer l’EMDR à l’hypnose ?
A la différence d’autres méthodes, l’EMDR se pratique sur un patient conscient. La plupart des techniques d’hypnose placent le patient dans un état de semi-conscience. L’EMDR n’emploie qu’une technique de mouvements oculaires et laisse libre cours aux pensées du patient. Ce n’est donc pas une thérapie qui se fait par la parole. Le patient est dans un état conscient, ce qui peut rendre les séances fatigantes.

Qui peut exercer l’EMDR en France ?
Pour exercer, il faut être reconnu comme « praticien EMDR Europe ». Pour cela, il faut suivre une formation avec un praticien accrédité par l’association. Les praticiens sont également membre de l’association nationale, EMDR France. Tous les professionnels de l’accompagnement ne peuvent pas se former, seuls les médecins psychiatres, les psychologues cliniciens (et parfois les psychologues du travail) ou les psychothérapeutes accrédités par l’ARS sont admis par les instituts de formation agrées. On trouve un annuaire des professionnels agrée sur le site Internet de l’association EMDR France.


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